Urielle Ohoukou prendra bientôt la suite de Marie-Noëlle Couderc, que nous remercions ici encore si chaleureusement pour son engagement indéfectible. Urielle se présente ici un peu plus et nous apporte son regard sur le rôle de notre association.

La grossesse est une période primordiale. Chaque femme doit pouvoir vivre ce moment entourée en sécurité, pour aujourd’hui et aussi pour demain.

J’ai 35 ans. Je suis née au Cameroun dans une petite ville qui s’appelle Dschang. Je suis Directrice adjointe à La Maison de Tom Pouce depuis juin dernier. Adolescente, je savais qu’il fallait que je travaille avec des personnes en difficulté. A 16 ans, je venais fraichement d’avoir mon bac. J’ai grandi dans une famille où ma mère a toujours été tournée vers les autres. Elle préparait tous les weekends des repas pour aller les distribuer dans les prisons. Cet altruisme a suivi toute ma vie et je me suis toujours dit que je devais avoir un impact auprès des personnes les plus fragiles. Être la voix de ceux qui n’ont pas de voix.

Protéger le tout-petit est ce qui m’anime. Aujourd’hui les femmes enceintes en difficulté sont invisibilisées. Tant que le bébé n’est pas là c’est comme s’il n’y avait aucun problème. Et cela m’attriste. Tant que le bébé n’est pas physiquement dans les bras de sa mère on ne s’inquiète pas. A La Maison de Tom Pouce on a envie de mettre la lumière là-dessus. Elles sont enceintes, bébé n’est pas encore visible, mais elles sont d’autant plus fragiles. Le bébé est là ! il est traversé par les mêmes émotions que sa mère. Il est traversé par tout ce qu’elle vit. C’est cela qui me touche dans le projet de La Maison de Tom Pouce : protéger le petit, le plus fragile avec la conviction que le respect de sa vie doit être dès le début de la grossesse. Et peu importe qui il est ou qui il sera et qui est sa maman : cet accueil doit être inconditionnel.

Urielle Ohoukou

Des femmes enceintes en difficulté doivent pouvoir venir se poser, prendre du temps pour elle, pour créer du lien avec leur enfant. Puis, elles pourront reprendre leur envol et partir sereinement vers la vie active. Dans nos deux maisons nos accueils se font en communauté, c’est de la vie partagée. Elles partagent avec les autres, la vie, le quotidien, les repas. Elles arrivent chez nous avec des parcours de vie difficiles, avec des bagages assez lourds. Notre objectif est qu’elles puissent se poser, se reposer et vivre la grossesse dans un environnement sécurisant et sécurisé. Faire leurs armes, apprendre à changer une couche, faire un biberon, laver un nez… Comment rassure-t-on un tout petit ? Comment lui propose-t-on un jeu ou de l’éveil ?

Tous les ateliers proposés, grâce aux dons que nous recevons, permettent d’occuper leur quotidien mais beaucoup plus largement contribuent à les armer efficacement. Notre objectif du quotidien est multiple. Qu’elles se sentent entourées, contenues comme dans un cocon. Mais aussi que nous puissions répondre à leurs questions, leurs angoisses. La vie communautaire « familiale » permet cela dans un espace chaleureux.

Souvent on les observe arriver plutôt méfiantes sur la réserve, sur la défensive. Puis il y a un temps où elles vont s’acclimater, se poser et entrer en lien avec les équipes. Souvent les changements sont infimes, ce n’est pas spectaculaire mais c’est profond. On observe une reprise de confiance en soi, une manière de s’exprimer qui va être différente. Le visage va être plus ouvert. La manière dont elles se regardent et regardent l’autre. La manière dont elles se présentent au monde est diamétralement opposé celui de la jeune femme que nous avons accueilli. 

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